Centres Sociaux & Restos du Coeur : réponse à Madame Osson

Madame Osson,

 

Vous relayez les propos publiés par Mme De Smedt, Adjointe au Maire, le 14 octobre 2018 suite à l’article publié le vendredi 12 octobre 2018 concernant les Restos du Cœur. Ces propos ont profondément indigné et blessé les militants, les bénévoles, les administrateurs et les salariés de nos centres sociaux et plus largement, de notre association.

Notre volonté, celle d’apporter des réponses concrètes et durables aux habitants ne change pas, mais de toute évidence le contexte politique évolue et a changé.

Notre projet se met désormais en œuvre dans un contexte contraint : celui d’une baisse de subventions rapide et successive, celui d’une suppression en grand nombre  des contrats aidés que vous avez votée à l’Assemblée Nationale (mais que vous combattiez vigoureusement à une autre époque !). C’est à y perdre son latin à défaut d’y perdre son âme !

Vous n’êtes donc pas sans ignorer que votre vote à l’Assemblée Nationale a conduit à la suppression directe de 18 emplois aidés au sein de notre association dans les secteurs de la petite enfance, de l’enfance, de la jeunesse, de l’accueil et de l’accompagnement des seniors et des actions de prévention. Votre décision nous a contraint à réduire notre masse salariale et à supprimer des emplois de Wattrelosiens.

Cette baisse est la conséquence de décisions politiques votées par les élus majoritaires et qui représentent la population. Nous respectons les décisions prises par la représentation nationale et n’appelons donc pas à la désobéissance. Ainsi, les politiques publiques qui en découlent et sur lesquelles nous émargeons, imposent une injonction au changement si nous voulons maintenir une action de qualité et les emplois de notre association.

Le défi que nous avons relevé est celui de nous inscrire davantage encore dans la culture de l’innovation sociale et d’un accompagnement « sur mesure » proposés par les Fonds Européens. Relevons ces défis ensemble ! Nous ne voulons plus licencier nos salariés à cause de difficultés économiques. Nous avons fait de gros efforts, pris des décisions courageuses, nous aspirons désormais à un modèle économique durable et cohérent dans le sens de notre projet : l’intérêt général et le Pouvoir D’Agir des habitants.

Comme le rappelait Madame De Smedt lors de notre Conseil d’Administration : « La ville doit gérer son budget à l’euro près ». Les mêmes contraintes pèsent sur nous !

Notre développement, que vous semblez remettre en cause, s’appuie sur les priorités et les recommandations de M. Le Maire, de son adjointe Madame De Smedt et des partenaires institutionnels. Lors de notre dernière rencontre avec M. Le Maire, Dominique Baert, son allocution s’est achevée sur un rappel de ses priorités en tant que Maire : lutter contre le chômage et le décrochage scolaire.

Ces priorités sont les nôtres. Nous en voulons pour preuve nos trois projets européens dont vous semblez ignorer le public cible : le projets européen « EYES » : accompagnement des jeunes dans l’entrepreneuriat social, le Projet Européen « PACE » : 60 jeunes mamans que nous aidons pour la garde de leur enfant et que nous accompagnons pour un retour dans l’emploi ou encore le Projet Européen « STEP By STEP » : 70 hommes isolés et présentant des problèmes de santé les empêchant d’obtenir un emploi ET dans  l’impact positif sur le territoire et les enjeux pour demain. Grâce à ces projets, nos salariés, bénévoles et les habitants développent des méthodes d’accompagnement innovantes grâce à une coopération transfrontalière (avec la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Angleterre). Vous vous en réjouissez, nous en sommes certains.

Nos partenaires institutionnels apprécient nos financements européens qui représentent un réel cofinancement de leurs politiques publiques, pour lesquelles ils se sont parfois désengagés. J’en veux pour preuve le maintien de nos référents Jeunesse et de nos référents RSA qui accompagnent, à l’aide de méthodes nouvelles et d’un panel d’activités plus riches encore, davantage de personnes vers le retour à l’emploi, vers une santé meilleure, et une diminution des situations d’isolement.

Nous sommes convaincus que vous avez fait tout ce qui était en votre pouvoir afin d’éviter cette situation difficile que vivent les Centres Sociaux et plus généralement les acteurs de l’éducation populaire. Nous sommes certains que vous saurez reconnaître la qualité du travail que nous menons.

Nos financements européens représentent aujourd’hui jusqu’à 250 000 euros par an sur une durée de 4 ans pour les Wattrelosiens et Wattrelosiennes, habitant(e)s de nos quartiers. Vous devriez vous en féliciter ! Cela devrait encore augmenter en 2019. Ces subventions doivent être considérées comme une opportunité pour les habitants de notre territoire. Le véritable problème est la diminution de nos subventions.

Vous indiquez également que le « choix des actions des centres sociaux en fonction du potentiel de subvention est aberrant ». Encore une fois, il s’agit là d’affirmations à l’emporte-pièce et sans aucun fondement ! Vous manquez clairement d’informations. Nous sommes bien entendu disponibles pour vous éclairer.

Par ailleurs, vous indiquez vouloir « être vigilante sur nos locaux et le type d’actions qui y seront menées ». Même si nous comprenons que vous ne pouvez honorer nos invitations compte-tenu de votre agenda et de vos priorités, nous apprécions votre vigilance sur nos activités nouvelles et nous serions ravis que vous puissiez enfin honorer une de nos invitations et rencontrer nos usagers et les bénéficiaires de ces actions innovantes que nous menons auprès de nos publics les plus vulnérables et les plus isolés. Pour votre parfaite information, et puisque vous mentionnez les locaux que nous occupons, sachez que les centres sociaux versent également un loyer de 35 568,06 € à la ville de Wattrelos pour occuper le centre social de l’Avenir.

Enfin, vous relayez, nous citons « l’appel à la désobéissance des Restos du Cœur de ne pas quitter le centre social » et ce, en totale contradiction avec la position formulée par les Restos du Cœur qui rejettent votre appel (article Nord Éclair du 12/10/2018). Ces propos nous indignent et vont à l’encontre de la posture légitimement attendue d’une Députée. Prôner la concertation et l’échange nous semble davantage constructif et attendu qu’appeler à l’insoumission !

La condescendance et l’ingérence dont vous faites preuve n’ont jamais permis de construire sereinement et dans la durée le projet que les centres sociaux mènent au service des wattrelosiennes et des wattrelosiens.

Nous en voulons pour preuve la concertation engagée dès le 18 octobre avec les Restos du Cœur qui a permis – en l’absence de toute autre proposition – de trouver une solution transitoire pour la campagne hivernale dans l’attente d’une solution pérenne que vous saurez trouver dès 2019.

 

Très cordialement,

 

Jocelyne LEFEVRE, Présidente du Centre social de l’Avenir  
Akli CHABOUNI, Président du Centre Social du Laboureur
Djemila MEZIANE, Présidente du Centre Social de la Mousserie

Messaoud CHAYANI, Président
Marie-France BRUNEL, Secrétaire
Nelly SENELAER, Trésorière

Association des Centres Sociaux de Wattrelos